Carnet de route

Des bleus à la Verte

Le 23/07/2017 par LENOBLE Pierre

La fenêtre et la bière

Après deux tentatives annulées pour cause de mauvais temps, une fenêtre s'ouvre enfin pour aller dans le massif du Mont-Blanc.

Nous partons donc Fabien, Stéphane et moi jeudi matin dès potron-minet en direction de Chamonix.

Après une petite collation pour le déjeuner, Fabien nous offre une bière mais prétexte une migraine pour ne pas en prendre. Jeunes alpinistes naïfs, et malgré notre extrême surprise de voir notre meneur se refuser au Houblon, nous acceptons gracieusement le présent. Nous réaliserons malheureusement bien trop tard les desseins machiavéliques de notre compagnon de cordée.

La montée au Montenvers par le train constitue une agréable transition entre la vallée et la haute montagne. Descente sur la mer de glace par le télécabine puis les escaliers en compagnie des touristes venus voir la grotte de glace. Le temps pour moi de réaliser que j'ai oublié ma veste et les gant qu'il y avait dedans. Tout va bien, donc.

Et c'est au moment chausser les skis pour l'interminable remontée de la mer de glace et du glacier de Leschaux que la "bière" fait son effet. Le souffle court, les jambes lourdes, nous comprenons maintenant, Stéphane et moi, le piège que Fabien nous a tendu pour ne pas se laisser distancer dans la montée au refuge. Heureusement, les effet se dissipent rapidement et nous arrivons sans peine, après avoir dépassé les échelles des Egralets, un peu avant le passage de la Pierre à Bérard. Nous accédons alors au bassin de Talèfre par un étroit couloir de neige. Encore une petite montée en direction de la base de l'aiguille du Moine et nous arrivons au refuge du Couvercle qui vient juste d'ouvrir pour la saison. Après un repas aux accents corses, nous préparons nos affaires avant une courte nuit.

 

D'alpiniste à montagnard

0h45, réveil. Malgré la brièveté de la nuit, l'excitation se charge de dissiper les dernières brumes de sommeil. Un rapide petit-déjeuner, une dernière vérification du matériel et nous partons en direction du couloir Whymper. Le but originel était le couloir sud du col Armand Charlet puis traversée de la Grande Rocheuse. Après discussion avec le gardien du refuge, nous optons pour la voie normale.

Le ciel est clair (et sombre) et le regel nocturne est bon, si bien que les peaux ont parfois du mal à accrocher la neige dans les traversées.

Nous laissons les skis au bas de la rimaye qui se franchit facilement en rive gauche. Nous entamons entamons alors la remontée du couloir de 650m. Dans le couloir secondaire d'abord, puis le couloir principal que nous rejoignons au bout d'une centaine de mètres par un passage de renfougne dans des rochers.

On ne voit pas grand chose, l'univers se limitant au halo de lumière de nos frontales et de celles de nos compagnons.Nous recevons de temps en temps des petits débris de glace généreusement envoyés par les cordées qui nous précèdent. Ambiance face nord.

Le ciel s'illumine au fur et à mesure de notre progression et nous sommes accueillis par les premiers rayons du soleil (et une bouteille thermos) à notre arrivée au col de la grande rocheuse.

Le sommet se dévoile à nous sur notre gauche au bout d'une arrête passablement affilée et venteuse. Nous progressons prudemment, stoppant lorsque les rafales de vent nous déséquilibrent. Finalement, le sommer s'offre à nous. C'est un moment emprunt d'émotion pour moi.

Après une courte pause, il faut parcourir l'arrête dans le sens inverse, toujours soumis au vent cinglant. Au col, c'est le début de la longue succession de rappels qui nous ramène au pied du couloir. Puis nous rejoignions le refuge sur une neige plutôt agréable à skier. Nous sommes fourbus, mais heureux. Nous mettons le matériel à sécher, une petite bière pour célébrer (toujours après Fabien !) puis la sieste.

Un repas bienvenu et dodo. Demain c'est la pointe Isabelle.

 

Isabelle 5 - Fabien 0

Le départ est moins matinal que la veille, mais la nuit reste courte. Nous partons en même temps qu'une cordée de suisses qui partent en direction des Courtes. Une heure plus tard, ils nous on mis au moins 300m dans la vue.

De notre côté, nous traversons le bassin de Talèfre pour rejoindre la trace d'un guide et de ses clients qui ont fait une tentative la veillle.Nous traversons deux grosses crevasses et nous arrivons sur un petit plateau séparé de l'arrête par une courte pente de neige.

Pour Fabien c'est gagné. Après quatre échecs dans ses tentatives d'aller à la pointe Isabelle, il va enfin pouvoir aller au sommet. Je prend la tête et je la trace. La pente est exposée au nord et ne voie sans doute jamais le soleil, la neige n'est pas transformée et l'épaisseur est assez conséquente. Ca brasse pas mal. A un mètre du fait, nous entendons un bruit sourd et juste après mon ski se retrouve dans le vide. Fabien essai de passer quelques mètres plus loin et rebelote. Une fissure dans la neige est apparue tout le long de l'arrête et une crevasse béante n'attend que le départ de la plaque pour nous engloutir.

Nous nous sommes imprudemment aventurés sur cette pente sans prendre de précautions. Heureusement, la neige a tenu.

Du coup, demi-tour. Après avoir retiré les peaux de phoque, nous entamons prudemment la descente en skiant sur des oeufs. Tout se passe bien et après avoir repassé les crevasses, les dangers majeurs sont derrière nous.

Nous prenons notre temps pour redescendre vers le Montenvers. La montée vers la gare du télécabine est la dernière difficulté de la sortie. Les panneaux indiquant le niveau de la mer de glace à différentes années nous font prendre conscience à quel point la fonte des glaciers est rapide. Quasiment 30 m d'épaisseur en moins en une dizaine d'années.

Retour sans histoire à Chamonix puis à Troyes (et encore une bière).

Au final, une super sortie et beaucoup de plaisir. Un grand merci à Fabien et Stéphane de m'avoir amené là-haut.







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