Carnet de route

La lente agonie de la Mer de Glace

Le 15/09/2015 par Michel BESNIER

11 juillet 2015 : retour sur les balcons de la Mer de Glace. Cette randonnée alpine, prévue de longue date, avait dû être reportée à plusieurs reprises à cause des conditions météorologiques ; la dernière fois ce fut l’an dernier, les chutes de neige ayant rendu impraticable l’accès au refuge du Couvercle. Rien de tel cette année puisque nous avons connu l’un des étés les plus chauds et les plus secs de ces dernières décennies!  Donc une vingtaine d’années plus tard, je suis heureux de refaire cette superbe randonnée, en compagnie de mes sept sympathiques camarades du CAF de l’Aube et d’ailleurs (Nice !).

 

La randonnée, en partie glaciaire, se fera sur trois jours. C’est un itinéraire très aérien (coté PD+) qui emprunte une multitude d’échelles fixées aux parois et équipé de pédales et de câbles sur des vires étroites. Cela ressemble à une via ferrata, en quelque sorte. La veille au soir, au Chatelard, vérification du matériel et des techniques d’encordement, sous l’œil expert de Louison, notre dévoué organisateur. Une petite séance qui n’aura rien de superflu !...

 

Aux premières heures de la matinée, nous empruntons le chemin de fer du Montenvers, et à partir de la station supérieure, après avoir admiré le panorama (les Drus, les Grandes Jorasses, les aiguilles de Charmoz), l’aventure commence ! Il faut en effet descendre sur le glacier, situé en contrebas, par une impressionnante série d’échelles quasi verticales le long de la paroi, et là, première surprise : celles-ci ont quasiment doublé de longueur en vingt ans (170 mètres) ! Ce qui signifie que la Mer de Glace a considérablement fondu et perdu de l’épaisseur. Pour accéder au sentier qui mène refuge du Couvercle, nous devons atteindre l’autre rive du glacier. Nul besoin des crampons pour traverser celui-ci, car il a quasiment disparu sous sa moraine ! Impossible désormais de faire de l’école de glace à cet endroit comme dans le passé ; il faut s’éloigner d’un ou deux kilomètres en amont !

 

Avant de parvenir sur le sentier en contre-haut, nous devons escalader la paroi au moyen d’échelles absolument verticales, mais il aurait été impossible d’atteindre la première d’entre elles si une corde fixe n’avait pas été installée. Cela prouve que la Mer de Glace a encore perdu de l’épaisseur depuis la dernière saison ! Inquiétant ! Ces conditions ne nous font pas progresser rapidement, d’autant qu’il a fallu souvent assurer le groupe et cela prend du temps. Ajoutons à cela la chaleur accablante et peut être la fatigue due au voyage. Toujours est-il qu’il nous aura fallu le tour complet du cadran de la montre pour arriver au refuge, à la lueur des frontales, au lieu des sept heures prévues théoriquement !

 

Nous avons donc dû revoir à la baisse nos ambitions pour le lendemain et abandonner l’idée de passer par le refuge de Leschaux avant de poursuivre vers le refuge du Requin, comme nous l’avions fait vingt ans auparavant. Nous prendrons donc l’itinéraire direct pour nous rendre au Requin. Direct ? Pas tant que cela, car là encore la longueur des séries d’échelles a considérablement augmenté et les énormes blocs instables des moraines laissées par le glacier du Tacul ces dernières décennies rendent la progression difficile. L’accès au Requin se fait désormais par une volée spectaculaire d’échelles très aériennes, sur plus de 200 mètres de dénivelé, puis par un sentier escarpé dominant le glacier du Géant. Mais arrivés au refuge, crasseux et fatigués, mauvaise surprise : pas d’eau, au motif de la sécheresse persistante! Qu’à cela ne tienne, il y a de quoi boire et surtout admirer le formidable paysage sur 180 degrés, des Drus aux contreforts du Mont Blanc, en passant par les arêtes de Rochefort et la Dent du Géant.

Le dernier jour, la redescente vers la Mer de Glace ne sera pas un parcours de santé, car nous avons perdu plus d’une heure à rechercher un itinéraire sur le glacier à travers un dédale de crevasses béantes et profondes et sous la menace de chutes de pierres, très nombreuses cet été. La Mer de Glace, quant à elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, la surface du glacier n’étant plus qu’un réseau très dense de bédières. Et soudain, que voyons-nous ? Un véritable canyon glaciaire d’une centaine de mètre de profondeur, au fond duquel le torrent sous-glaciaire apparaît à l’air libre. La Mer de Glace a donc été littéralement éventrée en son milieu! Aucun d’entre nous n’a jamais vu cela!

 

Ce phénomène prouve bien que ces dernières années, la fonte des glaciers a atteint des niveaux historiques. On estime qu’à l’échelle mondiale, les glaciers fondent en moyenne de cinquante centimètres à un mètre d'épaisseur chaque année, ce qui est deux à trois fois plus que la moyenne enregistrée au XXe siècle. Quand on voit, au Montenvers, le panneau indiquant le niveau atteint par la surface de la Mer de Glace au tout début du XIXe siècle et que l’on considère le niveau actuel, soit 300 mètres plus bas, on ne peut que constater l’ampleur du phénomène. On ne peut plus guère, à l’heure actuelle parler de « mer » à propos de ce qu’il reste de ce glacier. Et d’après les scientifiques, les glaciers mondiaux sont condamnés à fondre à un rythme très soutenu, car la dynamique des glaciers a été changée, puisque leur épaisseur n’est plus suffisante pour entretenir le froid, et ceci quelque soit l’évolution du climat. Alors reverrons-nous la Mer de Glace (ou ce qu’il en reste) dans vingt ans ?

 

La fonte inexorable de la Mer de Glace fait froid dans le dos !

 

MB

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