Carnet de route

Via Alpina - Saison 6

Le 17/09/2017 par PRATESI Michel

Via alpina 2017

Au fond du Val Verzasca que nous remontons en car postal nous préparons notre 6ème année sur la via au petit village de Sonogno ; la route d’accès est magnifique de maisons de pierre couvertes de lauzes. L’endroit voudrait que nous demeurions mais nous avons à faire dès le lendemain.

Notre 1ère étape qui en comptera 13 nous fera partir tôt vers la brèche de Forcella di Redorta… déjà 1270 m de dénivelés positifs. Par des pierriers où il faudra être très attentifs la jonction avec le refuge Toméo se fera après bien des efforts pour cette 1ère journée annoncée difficile ; mais il faut bien commencer. Un accueil très sympathique où nous avons pu panser des plaies et étancher des soifs. Le refuge est pour nous seuls et nos hôtesses seront aux petits soins. Au total 1500m  positifs et 670 négatifs ….  et 14.5 km.

Jour 2 : le choix de cet itinéraire « bis » de la via évite le village de Prato et une descente (1600 m) que j’avais jugée  trop éprouvante pour les genoux de certain et incertaine par temps de pluie ; mais de pluies nous n’en avons jamais eues, le soleil ayant été très présent tout au long de nos étapes. Le programme était ainsi. Mais de descentes nous en eûmes aussi, plus de 1200 m. Quel plaisir aussi de trouver un bus à Broglio dans le val de la Maggia qui nous économisera quelques kilomètres car nous avions une contrainte,  celle d’arriver avant une  dernière benne pour rejoindre le refuge du club alpin Suisse  de Robiei 900 m au dessus du dernier village de la vallée de la Bavona ; mais quelle vallée ;  nous avons choisi de la parcourir sur ses sentiers… les versants rocheux qui la délimitent, étendus à la verticale sur des centaines de mètres , sont la trace évidente des glaciers qui recouvraient autrefois le territoire ; l’homme a su aménager dans cette vallée de petits  sites d’élevage, de culture et des habitats les « sprügh » faits sous,  ou contre les rochers. Des maisons de pierres qui font corps avec la roche.

Avec la dernière benne à 17 h nous trouvons au pied du glacier Basodino le refuge  fort fréquenté par des escaladeurs et des alpinistes en ce week end qui s’annonce.

Jour 3 – l’étape nous fait une brève incursion en Italie pour une soirée dans le refuge du lac artificiel Morasco ; mais pour arriver là nous aurons quelques hésitations sur le sentier à prendre pour arriver au col de Bocchetta di val Maggia. A 2633 m,  La ligne frontière avec l’Italie nous offre une vue superbe sur le val Toggia et ses nombreux lacs mais aussi nous annonce une rude descente dans les éboulis de quelques centaines de mètres ; et enfin un temps de repos au plateau enchanteur du lac de Boden ; un endroit idéal pour nous poser ! mais il  reste encore 700  m de négatif..Nous négligeons le refuge du club alpin italien Maria Luisa sur le lac Toggia pour poursuivre notre descente vers Riale.

Jour 4 – Nous quittons le refuge et rejoignons notre sentier en empruntant le barrage ; c’est dimanche ;  déjà depuis hier la montagne (les vallées) est envahie par les « touristes » confortablement installés sur les terrasses (ça nous plairait) ou par des randonneurs plus ambitieux ; nous aussi ;  nous serons ce soir à Ulrichen et allons rejoindre le haut Valais.  Ulrichen est sur la route qui conduit à la Nufenenpass 2478m ; le col  routier le plus élevé du Valais  à proximité de la source du Rhône.

Au col de Griespass 2479 m nous basculons à nouveau en Suisse et amorçons notre  descente. La route du Nufenenpass est très fréquentée, un dimanche de surcroit. Nous arrivons au  hameau et au pont de de Ladsfatel où nous avons prévu de prendre un car postal (encore une fois) afin de nous ménager  (13 jours c’est long).

Nous  avons une heure pour nous remettre et économiser 10 km et 600 m de dénivelés négatifs ; mais en fait d’économies nous aurons aussi à débourser chacun 17 Francs suisses pour ce petit trajet de confort !... Nous sommes dans le haut Valais ;   la vallée de Conches (Gommertal en Allemand)  remonte le cours du Rhône jusqu’à sa naissance.

Le bus nous arrête devant l’hôtel Walser, la récompense, une terrasse , et une «  Bier vom Fass » (une pression). On peut aussi acheter de quoi prévoir quelques pique niques.

Jours 5 : il nous faut quitter le confort et le village d’Ulrichen ; très typiquement Valaisan, traversons le Rhône déjà gros ; le village est des plus pittoresques avec ses chalets de madriers, ses greniers à foin, ses raccards,  pour « descendre » la vallée du Rhône avec en toile de fond les sommets et les glaciers du groupe du Simplon par le sentier  balcon (Gommer Höhenweg). Mais cette « descente » de la vallée et la remontée vers Bellwald (fin de l’étape) c’est + 1058 m – 1283 m et près de 25 km.

Notre hôtel est le bienvenu et la propriétaire qui parle le Français nous réconforte avec la grappa.

Le village est un peu à l’écart des stations plus connues mais il évite la ville de Fiesch 500 m plus bas, consommatrice  d’énergie…. nous en aurons encore besoin pour notre prochaine étape qui nous conduira au glacier d’Aletsch ; une sacré autre et belle étape.

Jour 6 départ Nous quittons Bellwald , ses vins blancs très appréciés et sa grappa pour cette étape mais qui sera fatale à l’un d’entre nous ….un sifflement, un hurlement et une ascension  bloquée nette  par la chute d’une pierre venant des hauteurs. Passage au dessus  d’un animal, d’un randonneur ! Blessure à une cuisse et nécessaire rapatriement après hélitreuillage. Après être rassurés sur sa prise en charge nous poursuivons à 6 notre ascension.

Après le petit lac de Vordersee nous apercevons enfin le « Grosse Aletschgletscher » la plus longue langue glacière des Alpes 23 km et d’une profondeur par endroit d’encore 600 m ; il est alimenté par les 4000 mètres  qu’on devine au loin ; la Jungfrau, le Breithorn, et au-delà se sont le Mönch, l’Eiger. Sur son sentier balcon et des kilomètres après nous arrivons à l’étape du soir Riederfurka et ses dortoirs.  L’hôtel château qu’on aperçoit au dessus sera pour un autre jour…

L’étape 7 : des montées devenues habituelles 800 m et des descentes 1700 m ; encore une bonne étape de 23 km. Nous serons reçus le soir chez le couple Eyholzer à Mund. Un excellent accueil et un lave linge ….et une bonne surprise ;  un restaurant est ouvert dans le village et après une bonne journée et l’idée que nous avions de devoir faire preuve d’imagination pour se restaurer ou sortir nos maigres ressources c’était d’un confort !

Jour 7 : De Riederfurka nous descendons à travers la forêt d’Aletsch (1700 m de dénivelés négatifs) rejoignons l’ancien lac glacière le Grünsee qui se transforme en tourbière et plongeons vers les gorges de la Massa, on traverse  son torrent par un pont suspendu long de 124 m la Massa est 80m en dessous …impressionnant !..  il nous emmène sur l’autre rive,  le sentier rejoint le haut des remontées mécaniques (faites pour les autres) passe par l’hôtel Belalp croise des suonen qui sont d’étroits canaux  construits par les hommes parfois  à flanc de montagne pour irriguer les terres ; nous en verrons d’autres le lendemain très visités. Nous allons ensuite descendre sur Mund, un village où l’on cultive le safran ; même si nos hôtes en cultivent  un peu nous aurons juste  le loisir d’en voir sur des photos ; à moins qu’au restaurant on nous y invite.

Etape 8 : à la rencontre ou le long des Suonen. Ces bisses dont on trouve des origines au 15ème  siècle permettent d’alimenter en eau  les secteurs où l’eau est nécessaire et notamment aux cultures ; les canalisations autrefois en bois sont parfois accrochées dans  des versants abrupts voire à des falaises ;  celle  qu’on verra on n’aura pas le courage de l’emprunter ; leurs bâtisseurs  n’avaient eux pas peur du vide ! ces bisses sont toujours entretenues et « revisitées » elles sont nécessaires à l’économie rurale. Notre sentier nous guide le long du Niwärch suone  ; un  tunnel long de 1.6 km  (creusé au 20ème siècle) évite le passage vertigineux de l’ancienne bisse,  équipés de frontales nous préférons son confort.

Nous avons prévu de prendre le Lötschbergbahn (train) qui relie Ausserberg à Hothenn et plus tard  un bus pour rejoindre le terrain de camping du Simplon et ses bungalow confortables ;  à dire tous ces moyens motorisés,  on pourrait croire à des sorties de touristes mais ils auront ce jour là monté 400 m,  descendus 1025 m et parcouru près de 16 km.

Etape 9 Mund/Steg vers Leukerbad : c’est sur cette étape qu’on doit prendre les fameuses échelles d’Albinen ; 8 échelles en bois sur une face rocheuse verticale de 100 m et des sentiers plus ou moins équipés entre chaque. Depuis « toujours » ces passages relient Loèche les Bains et Albinen, c’était d’ailleurs le seul passage emprunté par les muletiers (sans les mulets) pour transporter les marchandises ; alors un sac à dos !

Ces échelles permettent de rejoindre le ville thermale de  Loeche les Bains / Leukerbad qui se situe sous l’imposant « talus » de Gemmi (mais Gemmi  ça sera pour demain).

Avant d’y arriver notre sentier nous conduit vers le village d’Albinen, village classé fait de maisons imbriquées les unes aux autres le long de ruelles à gravir ; visite à l’église dont les vitraux sont dits remarquables. Bref nous avions nous en tête,  les échelles…

Le temps est sec, nous avons une corde et des mousquetons ; ça devrait aller. Je pars avec Monique et Luc ; les autres préférant la route à pied ou le bus ; c’est vrai que le poids du sac pourrait être un handicap mais ça fait déjà 8 jours on l’a presque oublié. On a les encouragements d’usage et on se donne rendez-vous à l’auberge de jeunesse.  Un premier anneau et une corde lancée pour assurer la 1ère  descente, bâtons dans le sac ; ensuite les échelles ; elles  ne sont pas vraiment impressionnantes une fois dessus !  ; une rando plus  mais avec un peu d’équipement et une attention soutenue. Le temps de quelques photos pour l’album.

Arrivée à Loeche les Bains; une belle station et une auberge de jeunesse qui nous permet de réduire nos coûts d’hébergement. Le soir dîner dans une pizzeria. On ne prendra pas le temps de visiter les thermes réputés ; l’eau y arrive à 50°.

Mais où passe donc le sentier qui nous fera passer la Gemmi ? la  face est mpressionnante et nous sommes dans un cul de sac.  Il faut bien continuer..

Etape 10 – un téléphérique pourrait faire l’affaire de ce bloc qui parait infranchissable ; 960 m pour rejoindre la Gemmipass ; le sentier se découvre ; il fut le passage entre  l’Oberland Bernois et le Valais que l’on quitte. Au col on étudie l’horizon, cherchons à reconnaître les sommets ; plus simple de citer Maupassant qui au 19ème  siècle écrivait une nouvelle « l’auberge » ;  cette auberge est celle de Schwarenbach notre fin d’étape : du col de la Gemmi,  il découvre « l’abîme effrayant qui plonge vers  Loeche les Bains, et au lointain les sommets du Valais ; le Mischabel et ses deux cornes, le Wissehorn, le Brunnegghorn, la redoutable pyramide du Cervin, ce tueur d’hommes et la Dent Blanche cette monstrueuse coquette ».

Pour nous c’est presque une étape de transition  avec un long repos et un petit repas toujours  tiré du sac sur les rives du lac de Daubensee . Nous arrivons ensuite à  l’auberge de Schwarenbach, quelques photos nous montrent  la fréquentation de cette auberge au  19ème siècle  telle Maupassant l’avait trouvée et inspirée; le  passage en hiver de la Gemmi est impraticable. L’accès par le téléphérique de Loeche permet le ski de randonnée.

Etape 11 – le col de la Gemmi ouvre la porte de l’Oberland Bernois ; nous avons quitté la vallée du Rhône ;  l’Oberland offre ce qu’il y a de mieux dans la Suisse ; des massifs qui font rêver les alpinistes ou les touristes ;  la Jungfrau, l’Eiger , le Mönch, des villes Interlaken, Lauterbrunnen  Grindelwald, Gstaad. Pour ce qui nous concerne il faudra nous en remettre à d’autres étapes de la via alpina le circuit vert ; 13 étapes ….plus tard !

Objectif du jour : rejoindre la ville très fréquentée (nous sommes dimanche) d’Adelboden ; un centre de villégiature chic et cher (mais c’est la Suisse) . Avant d’arriver c’est encore quelques 740m  de dénivelés positifs et 1380 de négatifs. C’est retrouver via la vallée de Chumi  le monde aux chutes d’Obere  Engstligen ; un spectacle naturel et grandiose d’une cascade née 600 m plus haut.

Bon accueil à l’hôtel Créa ; un bon compromis de confort et de prix.

Etape 12.. ça tire à sa fin ; encore quelques kilomètres et dénivelés on quitte Adelboden en direction de  Lenk ; suivons le cours du Geilsbach ; ce torrent tumultueux est calme en cette fin d’été ; nous croisons quelques chalets d’alpage isolés où on peut faire son ravitaillement en  fromage ou en charcuterie mis à disposition   dans un réfrigérateur ;  le paiement s’effectuant dans une boite !   pratique … après la station de ski Geilsbüel on grimpe jusqu’au col de Hahnenmoospass (1950m)  où des passionnés d’aéromodélisme en on fait leur terrain de jeu. Un spectacle reposant. La descente vers Lenk nous apporte son lot de champignons de toutes  variétés qu’il faut à regret laisser.

La ville de Lenk est une petite ville très  touristique ; hôtels Suisses grand confort; j’y ai préféré un hébergement « 1er prix »   peut-être celui d’un ancien camp militaire avec des bâtiments typiques qui en gardent l’identité camp 3, camp 4 … l’abord  est surprenant et on craint le pire; le confort reste  à découvrir ! les baraquements sont sans âmes  (pourtant les militaires en ont aussi) mais rien à dire sur le confort du bâtiment d’accueil pour notre petit groupe ; peut être avons-nous échappé au pire.

Une cuisine est à disposition ; nous profitons d’une terrasse et après  la boisson locale nous faisons  quelques courses pour préparer (les hommes !)  le repas du soir.

Pas de réveil au clairon le matin de la dernière étape, mais ce n’est pas la grasse matinée …plus tard !

 

Etape 13 l’ultime

Lenk – Lauenen  traversée du village qui s’éveille traversons le Simmenbrücke,  montons  beaucoup de marches et nous arrivons dans la forêt … remontons un torrent,  zigzagons le long de pentes boisées jusqu’à une prairie, gravissons un dernier col avec un dernier regard sur le panorama vers les sommets du  Wildstrubel, du  Wildhorn et il nous faut déjà entreprendre notre dernière et longue descente vers Lauenen. C’est la période du regain dans la vallée ; les fermiers sont affairés, la pluie est annoncée ; les montagnes paraissent engazonnées, la Suisse :  pays de  carte postale.

La suite par le car postal jusqu’à Gstaad puis le train jus’qu’à Montreux où après une nuit à l’auberge de jeunesse nous retrouvons le lendemain notre voiture et la France.

Ce treck est par sa diversité de paysages nous a séduit.







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